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 Youri Gagarine
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De Beatnik en Spoutnik

Tchékhov, dans un récit fictif intitulé Ma Vie, relate « cette angoisse physique où l’on sent qu’on a des mains, des pieds, tout un grand corps, et où l’on n’en sait que faire ni où aller ». Rarement simple phrase a si bien décrit ma propre situation lorsque j’avais vingt ans. Toutes les orientations d’une vie se fondent sur ce constat : nul espace dans la Pyramide où trouver place. Rimbaud l’a résumé mieux que personne : « La vraie vie est absente, nous ne sommes pas au monde ». Pourquoi renier un vieux mot passé de mode qui exprime ce que nous fûmes : beatniks ?

 beatnik

J’en ai usé sans ironie dans Ajiaco, pour désigner le statut de mon grand-père, poète communiste grec ayant traversé le siècle vingtième lesté d’une mémoire homérique, abattu sur le canal de Bruxelles juste cent ans après le Bloomsday d’Ulysses : un beatnik centenaire. Pour cet aède comme pour mille autres depuis Gorki, cela signifiait l’université de la rue, le refus des distinctions sociales et les expédients ne pouvant manquer de vous faire passer par la case prison. C’est sur le tard que, pour ma part, un amour de jeunesse me persuada qu’il n’était pas honteux de déchoir jusqu’à s’inscrire à l’ULB. Aucun regret pour l’expérience de la rigueur des cours de droit. Les amis qui m’en restent ignorent pour la plupart ma carrière antérieure de gueux des rues – qui pouvait, en ces temps lointains, vous faire accomplir le tour du Maghreb en stop sans un rond, volant au retour par l’Espagne leur steak dans l’assiette de fortunés touristes – mais en fidélité pour laquelle jamais il ne s’agirait d’envisager quelque ultérieure carrière. Je dois donc aux miracles seuls d’être en vie. Ceux de l’amour et de la fraternité. Sur base d’un postulat : l’homme est conjonction tellurique et cosmique. De nature, matière, monde physique et terrestre nous prenons pour y retourner ; mais aussi du ciel nous recevons l’énergie vitale qui nous sustente et nous suspend à des nuages de l’esprit, dans lesquels planter son ancre est d’excellente gouverne pour la nef…

Approchant la septantaine, si je n’ai guère fait un pas de plus que voici un demi-siècle dans l’ascension de la Pyramide, l’Œil imaginal dont entretemps fut augmenté mon front suggère de substituer une autre syllabe à la première du vieux mot, pour le transformer en spoutnik. Oui, telle est la profession que je crois avoir exercée toute ma vie, si mon grand-père consent à ce que je lui en emprunte l’idée. Laquelle, à vrai dire, vient de Maïakovski, l’inventeur méconnu de ce néologisme attribuant aux hommes l’essentielle qualité d’être, par-delà toutes les frontières et identités meurtrières, des compagnons de voyage. Et si le mot prit sens de satellite, c’est qu’en l’ère inaugurée par Gagarine au-delà de celle qu’ouvrit Colomb, non seulement le globe terrestre mais l’univers s’offre à nous dans les multiples dimensions d’une Sphère. Chaque être en est l’explorateur, voué aux missions d’astronaute et de cultivateur, d’architecte et de maçon, de navigateur et de concepteur d’un pharmakon (remède-poison de la Parole depuis Socrate), apte à guérir toutes les pathologies biologiques et symboliques, naturelles et culturelles, physiques et psychiques, matérielles et spirituelles causées par une tyrannie financière obéissant à l’exclusive loi de la Valeur…

 spoutnik

« Ils ont oublié Dieu » : c’était la plus haute expression de conscience populaire envers les maîtres de la Russie à la fin du XIXe siècle, nous enseigne Tchékhov. Il est bon de rappeler que la révolution bolchevik fut d’inspiration moins marxiste que chrétienne. Voici tout juste cent ans, lors du IIe Congrès de l’Internationale communiste (juillet-août 1920), Lénine disait : « Sous l’impérialisme, le monde se divise en un grand nombre de nations opprimées et un nombre infime disposant de richesses colossales et d’une force militaire sans égale. » Cette vision globale est toujours d’actualité, même si certains rapports de force ont été modifiés. Le PIB mondial fut depuis lors multiplié par 60, mais l’immense majorité de l’humanité vit plus que jamais sous le seuil des pauvretés traditionnelles. Et les misères se sont infiniment accrues, par mille formes nouvelles d'infection, de corruption, de cadavérisation du monde. C’est qu’entretemps Kapitotal a mis en œuvre une colonisation des cerveaux sans précédent, grâce à l’ingénierie idéologique de la tour Panoptic. Stratagème d’autant plus efficace qu’il ne peut être nommé...

Ce système porte en lui, selon le mot de Jaurès « la guerre comme la nuée l’orage » : a-t-il autre issue viable qu’en le devenir-spoutnik de l’humanité, dans une exploration mystique de la Sphère ?

Anatole Atlas, août 2020

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