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ULENSPIEGEL

Sire  de  Geenland


« Toute poésie se meut dans un cadre, pour ainsi dire, apocalyptique. »

Cette citation du poète communiste grec Yannis Rítsos, je l'avais mise en exergue de Tango tabou de l'Ombu, paru l'année même (2002) où Richard Miller, ministre de la Culture, affichait son accord pour inviter en Belgique mon frère de loin Patrick Chamoiseau...

Le thème de l'Apocalypse hante explicitement mon œuvre romanesque depuis Pleine lune sur l'existence du jeune bougre (1990) – et Yannis Rítsos fut l'inspirateur d'une figure aédique la traversant de part en part...
(Rítsos dont Aragon suffoquait, au printemps 1981, à me décrire le sort dans un ancien camp nazi réaménagé par les Colonels du monde libre.)

 Sergei G. Yakutovich 1991          Sergei G. Yakutovich 1991

Un roi boiteux se cramponne à son chambellan borgne : ils ne croient pas former le couple de l'aveugle et du paralytique. Ne jouissent-ils pas d'omnipotence, omnivoyance et omniscience bibliques, sous les formes de Kapitotal et de la tour Panoptic ? Ce qui devait décider le même Richard à me solliciter pour collaborer à une revue littéraire usurpant le nom d'Ulenspiegel, dont le thème du premier numéro serait Israël...

Comment n'y aurais-je pas spécifié que le chef-d’œuvre de Charles De Coster, dirigé de son propre aveu contre l'empire de Napoléon III sous couvert d'une épopée se déroulant au XVIe siècle, portait en lui une critique radicale de tous les colonialismes, donc du sionisme ? Il était certain, dès son écriture, que Frères en la Sphère ne passerait pas la Sensure d'une Propaganda Staffel aux ordres de la Kommandantur... Ces derniers mots, pour outranciers qu'ils paraissent, traduisent bien l'esprit de Thijl, ce gueux revendiqué s'attribuant pour titre de noblesse une souveraineté sans précédent : celle d'Aucun Pays. D'Homère à Aimé Césaire, l'aède n'est-il pas toujours un Sire de Geenland ?...

Je me permis donc d'énoncer les identités congolaise, russe, mexicaine, cubaine, maghrébine et Palestinienne dont s'honore ma carte d'altérité. (J'avoue souffrir affreusement d'un grand manque d'identité chinoise). Se trouve-t-il quelqu'un en Belgique (où nul n'a lu la Légende héroïque de Thijl Ulenspiegel, dont la meilleure édition demeure celle de Moscou), pour signaler que De Coster a génialement glorifié, dans une langue française créolisée de flamand, l'esprit de la Flandre ? Ce rappel suffirait à y désamorcer l'interminable querelle tribale entre Nord et Sud...

Et son Thijl n'est-il pas la plus flamboyante incarnation d'un esprit de résistance à l'Empire ? Ce pourquoi mon texte refusé ne pouvait avoir d'autre conclusion qu'un vers de l'aède palestinien Mahmoud Darwich.

 Charles De Coster Journaliste à l'Uylenspiegel

Entre César et Césaire il faut choisir, ai-je cru bon de rappeler dans un exercice de liberté sans limite où s'enfilent perles et pierres précieuses verbales cueillies au fond de l'Atlantique et au sommet de l'Atlas, dans des crânes allégoriques auxquels j'avais associé De Coster et Simenon. Sans mystère étaient les allusions au plus vieux crâne d'homo sapiens (300.000 ans) découvert dans l'Atlas, et à ceux tapissant l'océan entre trois continents, vestiges du commerce triangulaire...

Plus que jamais l'humanité n'est-elle pas livrée à une traite négrière, et les écrivains chargés d'éclairer toutes les colonisations de l'imaginaire ?
Je m'attendais à ce décret de malédiction contre un texte qui dit le mal ; mais fus sidéré par le fait qu'il soit maudit au prétexte d'être mal dit...

C'est pourquoi vient comme une bénédiction la récente affirmation du philosophe camerounais Achille Mbembe : « ...l'un des enjeux de ce débat est de savoir comment créer les conditions pour que les spoliateurs d'hier apprennent à dire la vérité au sujet des gains frauduleux dont ils sont les bénéficiaires. Cette dette de vérité est la plus urgente dont l'Occident doit s'acquitter envers l'humanité, et pas seulement envers l'Afrique »...
Ce que je fis dans Mamiwata (1994), dédié à la mémoire de Lumumba.

Le processus meurtrier qui, lors de la traite négrière, a fait des Africains les objets d'un trafic intercontinental sur quoi s'est fondée la richesse occidentale, avait une justification biblique. Ce déni d'humanité lancé à une descendance maudite, celle de Cham et de Canaan, frappa mon enfance au Congo d'une blessure inguérissable, qui détermina toute mon existence comme celle d'un Sire de Geenland.

20 août 2019

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